Autonomie et bien-être : la théorie de l'autodétermination

La motivation, en lien directe avec le déclenchement, la direction, l’intensité et la persistance du comportement, est au cœur de notre quotidien. Deci et Ryan, professeurs de psychologie et de sciences sociales à l’université de Rochester, ont bâti une théorie globale sur la motivation humaine, le développement et le bien-être. Ils ont étudié les tendances inhérentes à la croissance et les besoins psychologiques fondamentaux qui sont la base de l’auto-motivation de l’individu. Basée sur de nombreuses études empiriques et applicable dans de multiples domaine (sport, apprentissage, santé, travail…) la théorie de l’autodétermination (TAD) a connu un grand succès. En plus d’étudier la motivation sous un aspect quantitatif (plus il y a de motivation mieux ce sera), elle aborde aussi son aspect qualitatif (la nature de la motivation). En effet, la TAD identifie plusieurs formes de motivations dont les conséquences cognitives, affective et comportementales sont différentes. Les différentes formes de motivation Deci et Ryan, distinguent les motivations autonomes où la personne se sent plus ou moins à l’origine de son action (autodéterminée), des motivations contrôlées qui sont régulées par des facteurs externes (récompense, punition, obligation…). Les deux chercheurs ajoutent aussi l’amotivation qui est l’absence totale de motivation. Ces différentes formes de motivation sont placées sur le continuum de l’autodétermination (conf. image ci-dessous) selon le comportement des individus. Allant des comportements les plus autodéterminées (correspondant aux motivations autonomes) aux comportements les moins autodéterminées (correspondant aux motivations contrôlées). Sur le continuum ci-dessous, on distingue trois catégories : motivation intrinsèque, motivation extrinsèque et amotivation. On parle de motivation intrinsèque lorsque l’individu réalise une activité volontairement, uniquement pour la satisfaction qu’elle lui procure. La motivation intrinsèque est une motivation autonome. L’individu se sent à l’origine des comportements, on dit alors que le lieu de la cause est interne. Par exemple, les loisirs génèrent une motivation intrinsèque. Dans le cas de la motivation extrinsèque, le comportement est régulé par des facteurs externes à l’individu. La tâche est réalisée pour un but autre que le plaisir qu’elle lui procure (pour recevoir une récompense, par obligation, pour éviter une punition…). Le lieu de la cause est donc externe à l’individu. La motivation extrinsèque peut-être régulée de quatre manières différentes plus ou moins autodéterminées ou contrôlée : Régulation externe : c’est le plus faible niveau d’autodétermination. Le comportement de l’individu est totalement régulé par des facteurs externes pour obtenir une récompense ou éviter des contraintes. Exemple : je dois faire mes devoirs pour ne pas être punis. Régulation introjectée : La régulation introjectée intervient lorsque l’individu commence à intégrer la source des contraintes externes, mais l’action n’est toujours pas choisie librement. L’individu ressent une certaine pression interne pour réaliser l’action, qui se manifeste souvent sous forme de culpabilité ou de honte. L’individu veut montrer qu’il est capable. Le choix est toujours fait pour des influences extérieures. Exemple : il faut que j’aille courir pour leur prouver que j’en suis capable. Régulation identifiée : ici, l’action est encore réalisée pour des fins externes, mais l’individu en perçoit l’intérêt pour lui-même et lui accorde une valeur particulière. Il considère qu’il choisit librement sans l’impression d’être poussé ou contraint. Exemple : je cours parce que c’est important pour ma santé et mon bien-être. (L’activité est réalisée pour la santé et le bien-être mais pas pour le plaisir inhérent à celle-ci).

Régulation intégrée : c’est le plus haut d’autodétermination dans la motivation extrinsèque. L’individu est en phase avec le comportement, il correspond à ses valeurs et son identité. Il se sent autodéterminé dans le comportement en question. Exemple : je suis médecin je vais dans des zones à risque parce que soigner et aider font partie de moi. (Adéquation entre le comportement, les valeur et l’identité de l’individu).


Sarrazin, P., Pelletier, L., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2011). Nourrir une motivation autonome et des conséquences positives dans différents milieux de vie: les apports de la théorie de l’autodétermination. Traité de psychologie positive. Bruxelles: De Boeck, 273-312.


De nombreuses recherches démontrent les bénéfices d’une motivation autonome par rapport à une motivation contrôlée. La motivation autonome favorise le bien-être, le rendement, la performance on encore la durabilité de l’action. Alors que la motivation contrôlée/contrainte conduit au mal-être et l’aliénation.

Pour favoriser la motivation autonome, les chercheurs identifient trois besoins psychologiques fondamentaux -autonomie, compétence, proximité sociale- qui sont des nutriments essentiels à la croissance psychologique et au bien-être de l’humain.


Le besoin d’autonomie : correspond au sentiment qu’un individu a lorsqu’il est à la source de son comportement. Il peut décider de ses actions, les réaliser lui-même et être en parfait accord avec celles-ci, il se sent libre.


Le besoin de compétence : correspond au besoin de se sentir efficace dans son environnement, d’être poussé à exercer ses compétences et à relever des défis. Ce besoin ne réfère pas nécessairement à l’atteinte réelle de ses objectifs, mais plutôt au sentiment de confiance et d'efficacité qu’à la personne en elle-même.


Le besoin de proximité sociale : représente le désir d’être connecté affectivement et d’avoir des liens interpersonnels chaleureux, ce besoin est fortement lié au sentiment d’appartenance.


Une multitude d’études démontrent que la satisfaction de ces trois besoins participe au développement sain de l’individus en contribuant à la croissance psychologique, à l’intégrité, au bien-être ou l’actualisation de soi.

La théorie de l’autodétermination souligne que l’environnement dans lequel on évolue peut soit soutenir ces besoins, soit les menacer.


Plus l’environnement soutient la satisfaction des besoins, plus la motivation sera autonome et favorisera le bien-être des individus.

En revanche, si l’environnement menace la satisfaction des besoins, il induit une motivation contrôlée/contrainte et engendre des conséquences plus négatives et du mal-être.

Lorsque les besoins psychologiques fondamentaux sont insatisfaits, l’individu peut chercher à les compenser (attirer l’attention, avoir du pouvoir pour être reconnu, se victimiser pour qu’on s’occupe lui…) sans atteindre le bien-être pour autant.


Quel que soit le milieu où les études ont été conduite (éducation, familial, travail, santé, sports, relations intimes et amoureuses), on constate « dans chaque domaine que le soutien à l’autonomie des personnes importantes pour soi avait un effet positif sur la motivation autodéterminée, et qu’à son tour la motivation autodéterminée avait un effet positif sur le rendement et le bien-être des individus qui en étaient l’objet. » [i]

En résumé, en soutenant les besoins psychologiques, on favorise la motivation autodéterminée qui impact positivement le bien-être des individus.


Comment soutenir les besoins psychologiques ?


Le tableau si dessous donne des indications sur les « comportements de tout superviseur (e.g., enseignant, parent, cadre, thérapeute, entraîneur), susceptibles de soutenir versus menacer les besoins psychologiques d’un supervisé (e.g., élève, enfant, employé, patient, joueur). »[ii]


Sarrazin, P., Pelletier, L., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2011). Nourrir une motivation autonome et des conséquences positives dans différents milieux de vie: les apports de la théorie de l’autodétermination. Traité de psychologie positive. Bruxelles: De Boeck, 273-312.


[i] Sarrazin, P., Pelletier, L., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2011). Nourrir une motivation autonome et des conséquences positives dans différents milieux de vie: les apports de la théorie de l’autodétermination. Traité de psychologie positive. Bruxelles: De Boeck, 273-312.

[ii] Sarrazin, P., Pelletier, L., Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2011). Nourrir une motivation autonome et des conséquences positives dans différents milieux de vie: les apports de la théorie de l’autodétermination. Traité de psychologie positive. Bruxelles: De Boeck, 273-312.


Références


- Laguardia, Laurence G., Ryan, Richard M., (2000). Buts personnels, besoins psychologiques fondamentaux et bien-être : théorie de l’autodétermination et applications,


- Revue québécoise de psychologie, vol 21, n°22Vallerand, R. J. et Thill, E. E. (1993). Introduction à la psychologie de la motivation. Laval : Éditions Études Vivantes.


 

Marion Rahal