Dans l'ombre du covid (part2)

Un article de France 24, datant du 31 Juillet 2020 titre : « La mouvance prodémocratie à Hong Kong a encaissé vendredi un nouveau coup dur avec le report des législatives pour cause de coronavirus, au terme d'un mois marqué par la disqualification de leurs candidats, des arrestations d'étudiants et le départ en exil de figures de l'opposition. C'est une nouvelle gifle pour le mouvement démocratique de Hong Kong : la cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a annoncé vendredi 31 juillet le report d'un an des élections législatives prévues le 6 septembre dans la ville sous administration chinoise en raison de l'épidémie liée au nouveau coronavirus. » Pour comprendre ce qu'il se joue derrière cette décision surréaliste, il faut revenir en mars 2019... Hong Kong, depuis 1997, n'appartient plus à la Couronne Britannique. L’Angleterre a « rétrocédé » son ancienne colonie à la Chine, c'est à dire que Hong Kong est devenue officiellement chinoise. Malgré cela, Hong Kong jouit d'un statut à part, avec plus de liberté que n'importe où ailleurs en Chine. Ce principe était normalement garanti jusqu'en 2047. Mais voilà, la Covid 19 apparaît et tout bascule. En mars 2019, commencent une série de manifestations contre une nouvelle loi d'extradition qui laisse entrevoir la mainmise de la Chine continentale sur le système juridique indépendant de Hong Kong.

Le 11 Juin, le Front Civil des droits de l'homme recense plus de 1 million de manifestants. Il est intéressant de noter que comme pour l'Hirak en Algérie (cfère article Dans l'ombre du covid PART 1) ou comme pour les gilets jaunes en France, il n'y a ni leader politique, ni organisateur centralisé pour le mouvement. Celui-ci émane directement du cœur de la population qui bat pour conserver sa liberté ; à Hong Kong bien sûr, mais aussi dans toutes les grandes villes du monde où la diaspora hongkongaise est importante. Comme en France, comme en Algérie, les manifestants s'organisent via les réseaux sociaux et organisent des marches pacifiques. Malgré l'affluence de cette mobilisation du 9 Juin, la deuxième lecture de la loi est programmée au 12. La population se mobilise une nouvelle fois : la police tire plus de 100 balles réelles et utilise d'autres projectiles ainsi que des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Malgré ces violences, la mobilisation ne faiblit pas. Au contraire, c'est plus de 2 millions de manifestants qui descendent dans les rue de Hong Kong quelques jours plus tard, pour protester contre les violences et l'intransigeance du gouvernement, représenté par la chef de l'exécutif, Carrie Lam.


Face à la plus grande manifestation de l'Histoire de Hong Kong, celle-ci présente ses excuses mais ne démissionne pas. La lutte se poursuit et il faut attendre le 8 Juillet pour que ce projet de loi soit déclaré « mort ». Une déclaration mais pas d'annulation officielle. La population qui n'est pas dupe, continue de se mobiliser, et les violences se multiplient...

Fin Juin 2020. Une nouvelle loi sur la sécurité nationale est imposée. Moins de 24 heures plus tard, la police procède aux premières arrestations. Voici ce que nous révèle France 24 : « Les forces de l'ordre ont arrêté, mercredi, plus de 300 personnes, dont neuf pour violation présumée de la loi sur la sécurité nationale. La police a fait usage de canons à eau, de gaz poivré et lacrymogène pour disperser les milliers de manifestants. Elle a notamment été marquée par l'arrestation mercredi soir de quatre étudiants, dont un âgé de 16 ans, les premières interpellations par l'unité de la police hongkongaise créée pour veiller au respect de ce texte de loi draconien. Il s'agit des premières arrestations visant des figures politiques publiques depuis l'entrée en vigueur de la loi. Et jeudi, les autorités ont invalidé les candidatures aux élections de septembre de douze militants pro-démocratie, alors que leur camp abordait cette échéance galvanisé par son triomphe aux scrutins locaux de novembre 2019. Un an après des manifestations sans précédent dans l'ex-colonie britannique depuis sa rétrocession en 1997, le pouvoir central chinois a engagé une reprise en main musclée de son territoire semi-autonome au travers d'une loi draconienne sur la sécurité nationale imposée fin juin. » C'est dans ce climat que Carrie Lam, reporte en Juillet les élections de un an « avec l'accord de Pékin ». Comme en Algérie, les restrictions sanitaires permettent à un gouvernement impopulaire sur le point de s’effondrer de se maintenir au pouvoir par la force et en entravant la démocratie. Comme en Algérie, Hong Kong avait connu en 2019 un record historique de manifestants, motivés non par la politique, mais par une aspiration à être ou rester libres. Et comme en Algérie, l’apparition du Covid sonne le glas de cette mobilisation du peuple. Le gouvernement en place, aidé par Pékin a déjà commencé une purge des mouvements démocratiques de Honk Kong. Les dégâts infligés aux libertés individuelles et collectives en moins d'un mois laissent craindre le pire maintenant que Carrie Lam se maintient une année supplémentaire au pouvoir, riant ainsi au nez de la Démocratie, mais masquée et pour le bien du peuple, évidemment. 99 cas mortels du Covid ont été recensés à ce jour à Hong Kong. D'après Amnesty International, rien qu'en 2018, le gouvernement chinois a condamné à mort plus d'un millier d'êtres humains. Aucun chiffre n'est disponible pour l'année 2019. La Chine ne communique pas ces informations. Elle est le premier pays au monde en ce qui concerne la peine capitale et le nombre de personnes exécutées.

 

G.B